Tourisme et maltraitance de l’éléphant d’Asie
Un peu d’histoire…
Il y a bien des siècles, l’Homme utilisait l’éléphant d’Asie pour combattre lors de guerres. En effet, la carrure et la force de l’éléphant étaient très bénéfiques pour effrayer l’ennemi, transporter du matériel et tout détruire sur son passage. On les appelait « éléphants de guerre » ou « éléphants de combat ».
Par la suite, l’éléphant d’Asie a surtout été utilisé pour se déplacer, travailler et servi d’attraction pour les touristes de passage sur le continent. Au total, on estime que 2 à 4 millions d’éléphants ont été capturés et domestiqués dans toute l’histoire.
Il faut savoir que des milliers de personnes gagnent leur vie grâce au tourisme et à leur(s) éléphant(s) ; il s’agit de leur seule source de revenu. En fait, le tourisme est très bénéfique pour l’économie locale de beaucoup de pays d’Asie. Les activités qui ont le plus de succès sont bien entendu toutes celles liées à l’éléphant, cette créature si exotique et si peu commune dans l’hémisphère Nord du globe. Rien ne semble plus idyllique pour les touristes que de faire un tour à dos d’éléphants, de les nourrir, de se baigner avec eux ou de les visiter dans des sanctuaires ou des orphelinats. Pourtant, la réalité est toute autre.

Des éléphants de guerre traversent le Rhône en 1878.
Source : Wikipédia

Une triste réalité
Pour illustrer mes prochains propos, voici une photo prise par moi-même dans la ville de Sigiriya, au Sri Lanka, en 2017. Nous constatons que l’éléphant est enchaîné et rigoureusement surveillé par son maître – plus communément appelé « mahout », il s’agit de l’individu au t-shirt bleu derrière l’éléphant. Le mahout n’hésite pas à lui donner des coups de bâton ou de crochet en fer afin qu’il se comporte bien. Ce n’est de loin pas un cas isolé, presque tous les éléphants subissent ce même genre de traitement tous les jours.
Plusieurs études et articles de journaux ont exposé le processus de domestication et les conditions de vie médiocres des éléphants et ont tiré la sonnette d’alarme.
Tout d’abord, avant d’être domestiqué, l’éléphant est sauvage. Il est donc dit que ce dernier – qui est généralement jeune – est attiré dans un piège et est capturé, séparé de sa famille. Du fait de son jeune âge, il est plus facilement manipulable, n’a pas un fort caractère et apprend vite ce qu’on lui demande. Il comprend vite les châtiments physiques qui l’attendent s’il n’effectue pas une action demandée.
Dès qu’il a enfin compris tout ce qu’on lui demande, l’éléphant est soit vendu à quelqu’un d’autre, soit gardé par son maître. Dans les deux cas, il servira à quelqu’un pour faire des numéros de spectacle ou des balades avec des touristes sur le dos.
Lorsqu’il n’est pas en dressage ou en spectacle, l’éléphant est généralement enchaîné dans la propriété du mahout. Il est rapporté que l’éléphant n’est souvent pas bien nourri. Le mahout le nettoie régulièrement pour qu’il soit propre pour les touristes, ce qui a pour effet de lui causer des problèmes de peau. Ces problèmes de peau sont particulièrement visibles sur la photo ci-contre ; aucun éléphant sauvage n’a la peau de sa trompe et de ses oreilles aussi rose.
Deux autres gros problèmes, qui surviennent plutôt sur le long terme, sont d’ordre physique et psychique.
Tout d’abord, le fait de transporter chaque jour des touristes provoque des problèmes de dos, avec des os qui constamment mis sous pression et qui peuvent se malformer, voire se fissurer. Il est évident que l’éléphant ne peut pas exprimer son mal-être, ainsi il continue de souffrir sans que personne ne s’en aperçoive.
Enfin, l’éléphant développe un trouble comportemental : constamment mis sous pression, il ne ressent aucune autre chose que du stress. Ce stress peut être remarqué quand il se met à bouger frénétiquement la tête ou sa trompe. S’il fait des numéros acrobatiques, ce n’est pas pour son propre plaisir, mais pour le plaisir du mahut. Il sait exactement quelle serait sa punition s’il ne suivait pas les règles.

En conclusion ?
Surexploitation, mal-nutrition, maltraitance, pression : il s’agit là de la triste réalité dans laquelle vivent la plupart des éléphants domestiqués, voués à servir d’attraction aux touristes et à être constamment contrôlé par les mahuts.
Le problème aujourd’hui, c’est que beaucoup d’agences de voyages proposent ce type d’activités aux touristes, donc sont au courant, acceptent et font la promotion de ce genre de mauvais traitements. Le grand nombre de touristes qui participent à cela alimente toujours plus ce réseau d’activité, qui n’est pas prêt d’arrêter de sitôt.
Cependant, beaucoup de touristes sont désormais au courant de la détresse des éléphants domestiqués et cherchent à faire une activité qui les « respecte », telle que de les aider dans des « sanctuaires » ou des « orphelinats ». Malgré les nobles intentions de ces touristes, ces endroits ne sont pas aussi fiables qu’ils n’y paraissent. En effet, les éléphants y sont quand même domestiqués et sous le contrôle de l’Homme. De ce fait, les conditions de vie n’y sont pas forcément meilleures.
En somme, si nous, touristes, voulons réellement aider les éléphants d’Asie, il est possible de le faire décidant volontairement de ne pas participer à toute activité qui implique des éléphants domestiqués (il n’est néanmoins pas interdit de les regarder si nous en croisons dans les rues !). Il est préférable de les aider en signant des pétitions qui demandent l’arrêt de ces activités. Ainsi, le fait que les touristes désertent ces lieux et que des pétitions soient signées permettrait aux éléphants sauvages de ne plus être capturés et dressés et aux éléphants déjà domestiqués d’espérer être pris en charge par des institutions de protection, puis relâchés en pleine nature, si leur état leur en permet.
Notons que plusieurs autres programmes bénévoles, fiables et respectueux de l’éléphant, existent et proposent notamment d’observer ce dernier dans son milieu naturel et d’améliorer sa relation et la cohabitation avec l’Homme. Il s’agit là d’une nouvelle forme de tourisme, le tourisme éthique, qui garantit assurément le bien-être de l’éléphant d’Asie. À l’heure actuelle, il faut donc accepter le fait de ne pas pouvoir approcher l’éléphant et se contenter de l’admirer de loin, lorsqu’on a l’occasion de se rendre en Asie.